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Homélie prononcée le jeudi 15 juin 2006 par le Très Rév. Frank T. Griswold à l'Eucharistie quotidienne de la Convention générale

6/17/2006
[Episcopal News Service]  L'église nous invite aujourd'hui à célébrer la vie et le ministère d'une laïque anglaise du siècle dernier du nom d’Evelyn Underhill. Elle est décrite dans notre livre de jeûnes et fêtes mineures comme une théologienne et une mystique. Au beau milieu de nos horaires éprouvants, alors que nous courons constamment le risque d'une hypertension sensorielle, avec nos têtes lourdes d'informations et nos pieds fatigués, je crois que c'est une manifestation de la grâce divine que nous nous souvenions aujourd'hui d'une personne dont la vocation fut d'appeler l'église à une vie de prière et de communion intime avec Christ. Sa commémoration dans la communion des saints sert à nous rappeler la véritable raison pour laquelle nous sommes ici. Nous sommes ici parce que nous sommes des disciples de Jésus et la finalité de ces jours-ci est de découvrir plus profondément et intimement ce que signifie pour chacun de nous d'être un disciple de Jésus dans son ministère continu de réconciliation, puis de prendre des décisions sur la vie de l'église qui soient une extension de ce cheminement.

Lorsque j'avais 15 ans, un prêtre qui enseignait à l'Église épiscopale que je fréquentais m'a prêté un petit livre d'Evelyn Underhill intitulé The Light of Christ [La lumière de Christ]. Il contenait une série de méditations sur la prière et ce que signifie réellement de vivre sa vie en union avec Christ. Son langage était clair, direct et, pour reprendre l'un de ses adjectifs favoris, simple, simple dans le sens anglais d'ordinaire, de concret et sans abstraction romantique. Ce livre m'a ouvert les yeux et m'a permis de comprendre que c'est la vie intérieure qui nous donne de l'énergie et soutient notre vie de témoin dans le monde.

Ses écrits sont le fruit de sa prière et de son expérience de Dieu. La force de la présence de Dieu dans sa propre vie l'a amenée à explorer la tradition mystique de l'Église, qui à cette époque là était présumée causer un déséquilibre émotionnel. Sans éducation universitaire ni formation théorique qui apparemment l'auraient équipée pour une telle tâche, Evelyn Underhill entreprit d'écrire l'histoire complète du mysticisme. Le résultat est un travail érudit qui a été exceptionnellement bien reçu et a ouvert la voie et permis que l'Église d'Angleterre et au-delà se réapproprie la tradition mystique.

D'autres livres et recueils de réflexions ont suivi. Un petit volume a particulièrement attiré mon attention, dans une large mesure en raison de son titre : Practical Mysticism [Mysticisme pratique]. La notion de mysticisme pratique peut apparaître comme une contradiction. Toutefois ce qu'elle voulait dire c'était que tous les Chrétiens sont appelés à l'intimité avec Christ, non pas parce que c'est ce qu'ils souhaitent mais parce que c'est ce que Christ désire le plus profondément. Son livre contient un catalogue instructif de diverses idées fausses sur le mysticisme qui étaient répandues à l'époque, comme par exemple que le mysticisme impliquait « d'avoir des visions » ou « de se complaire dans de vagues émotions spirituelles ».

Evelyn Underhill avait compris que le mysticisme appartenait à chacun, que c'était une partie essentielle de la vie d'un Chrétien ordinaire confronté aux demandes de la vie quotidienne. Le mysticisme a principalement trait à la relation, à l'union entre Dieu et les Chrétiens par l'entremise du Christ dans le pouvoir de l'Esprit Saint. Et, grâce à la prière, cette union est stimulée et approfondie.

Dans la première lecture d'aujourd'hui, la Sagesse nous est présentée non comme un corps de connaissances mais comme une personne, une personne qui nous transmet ce qu'elle possède sous la forme d'une relation. Il nous est dit « Dans chaque génération, [la Sagesse] passe dans les âmes saintes et en fait des amis de Dieu ». La connaissance personnelle plutôt que la connaissance théorique est la manière dont Dieu nous fait part de la prise de conscience intime qui unit toutes choses dans les liens de la communion.

Dans sa Première lettre aux Corinthiens, Paul déclare que « Christ est ... la Sagesse de Dieu ». Par conséquent, c'est par le biais de notre relation avec Christ que nous connaissons la Sagesse de Dieu. Pour connaître Christ en tant que Sagesse il est nécessaire d'avoir une relation intime : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous » a dit Jésus à ses disciples dans l'Évangile selon Jean. « Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi ».

Plus loin dans le même passage Jésus dit « Je ne vous appelle plus serviteurs... je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père ». À la manière de la Sagesse qui, dans notre première lecture, passe dans les âmes saintes, une union s'établit entre Jésus, le vrai cep, et ses disciples, les sarments. De la même manière, grâce à la communion dans l'Esprit Saint, nous ne faisons qu'un avec Christ qui devient notre sagesse et nous rend amis de Dieu. Tout cela comporte une transformation de la conscience, une nouvelle manière de voir et d'être qui n'est rien d'autre que ce que Paul appelle « une nouvelle création ». 

Dans l'évangile d'aujourd'hui, Jésus dit à la femme samaritaine que la véritable adoration de Dieu ne se limite pas à la montagne sacrée des Samaritains ni à la Jérusalem sacrée des Juifs. « Mais l'heure vient et elle est déjà venue » lui dit-elle « où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ».

Nous sommes des gens de signes et de symboles, de rites sacrés, d'endroits sacrés et d'institutions sacrées. Toutes ces choses nous donnent nos racines et notre fondation : les fonts où j'ai été baptisé, l'autel où j'ai reçu ma première communion, l'église où j'ai été ordonné - tout cela a une grande signification. En même temps, j'ai constamment besoin de garder à l'esprit que l'amitié à laquelle le Christ m'appelle dans son désir de partager avec moi sa vie et sa sagesse ne se limite pas aux rites ni aux endroits ni aux traditions, aussi sacrés qu'ils puissent être. Ces choses ont pour objet de montrer la voie au-delà, vers Celui en qui nous vivons et nous déplaçons et avons notre être. Elles nous guident plus avant dans le mystère de Christ qui est notre vie dans toute sa plénitude.

Ceci me remet en mémoire ce qu'a écrit Evelyn Underhill sur l'Eucharistie et ce que nous faisons ici ce matin au début de la troisième journée législative de notre Convention générale. Elle écrit : « On a dit qu'il y a de nombreuses manières de recevoir le Saint Sacrement. Cela dépend vraiment du degré d'ouverture de notre coeur... De la même façon que Christ se donne à nous pour nous alimenter, nous devons incarner quelque chose de son âme qui est tout amour et sacrifice. Si nous ne le faisons pas, nous ne l'avons pas vraiment reçu. C'est la simple vérité ».

Mes chers frères et soeurs, ne laissons pas ces jours, avec toute leur intensité, obscurcir notre relation intime avec Celui qui est la raison pour laquelle nous sommes ici, Celui qui seul donne un bien-fondé à nos débats, à nos discernements et à nos décisions. Faisons plutôt en sorte que le Christ soit la sagesse de cette Convention et que la force et la puissance de cette amitié nous rassemblent comme des amis empressés de servir le monde en son nom.