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Sermon pour l'Investiture de la Très Révérende Katharine Jefferts Schori

11/5/2006
[Episcopal News Service] 

Sermon pour l'Investiture
de la Très Révérende Katharine Jefferts Schori
comme 26ème Evêque président
Primat et Pasteur en chef
de l'Eglise épiscopale
le samedi 4 novembre 2006
Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul, Washington, DC

Où est votre foyer ? Comment définiriez-vous votre foyer ? Un ami du Nevada m'a dit juste avant de partir qu'il pensait que je ne quitterais le Nevada que pour retourner dans mon foyer, et dans son esprit cela signifiait un retour en Oregon. Mais, durant les six années où j'y ai vécu, le Nevada était devenu mon foyer. L'hymne officiel du Nevada s'appelle « Home means Nevada » (Foyer veut dire Nevada). Et c'est vraiment remarquable pour un endroit rempli de personnes venues de partout. Des personnes déracinées, de toutes situations et de toutes conditions ont essayé de s'enraciner dans le désert.

Alors, où est votre foyer ? Des Moines, ou Anchorage, ou Taipei, ou San Salvador, ou Port au Prince ?
Qu'est-ce qui fait que c'est votre foyer ? Une terre familière, la qualité de vie,   ou la présence de certaines personnes ?

Certaines personnes qui ont commencé ce voyage qu'on appelle Christianisme découvrent que ce foyer se trouve sur la route, que ce soit littéralement le travail incessant qui occupe beaucoup d'entre nous, ou le hodos qui est le Chemin pour suivre celui que nous appelons Christ. Le foyer que nous cherchons finalement se trouve dans la relation avec le Créateur, le Rédempteur, l'Esprit. Quand Augustin dit : « notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure pas en toi, O Seigneur », il veut dire que notre foyer naturel est en Dieu

Les histoires des grands voyages de la Bible Hébraïque débutent avec l'abandon de notre premier foyer, en Eden, puis racontent la longue errance pour chercher un nouveau foyer sur la terre promise, et plus tard le retour au foyer après l'exil. Finalement Israël commence à réaliser qu'il doit bâtir un foyer qui attirera les nations au Mont Sion. La grande vision d'Isaïe d'une fête d'action de grâce sur la montagne à laquelle toutes les nations sont invitées, fait partie de cette découverte initiale d'une mission à bâtir un foyer universel, pour tous. L'incarnation et l'inauguration par Jésus du banquet des cieux nous parlent d'une maison qui ne dépend pas d'un lieu, mais d'une communauté rassemblée dans la présence réelle de Dieu.

Dans son poème Death of the Hired Man, Robert Frost dit que « le foyer est cet endroit où, quand vous y arrivez, on doit vous recevoir ». Nous rêvons tous d'une communauté qui nous accueille avec tous nos défauts, nos bizarreries et nos petitesses et qui, malgré tout, se réjouit quand elle nous voit arriver ! Cette vision de partir et de revenir au foyer, qui souligne nos désirs spirituels les plus profonds, c'est aussi la tâche qui a été assignée à chacun d'entre nous lors de notre baptême : retourne au foyer, et, quand tu y seras, aide à construire un foyer pour tous ceux qui vivent sur cette terre. Parce qu'aucun de nous ne peut trouver son repos en Dieu tant que tous nos frères et sœurs n'ont pas été accueillis au foyer comme le fils prodigue.

Il y a un merveilleux mot hébreu pour désigner cette vision et ce travail : shalom. Il ne signifie pas simplement une sorte de paix qui arrive quand il n'y a plus la guerre. C'est une vision riche et pleine de nuances d'un monde où plus personne n'a faim parce que chacun est invité à s'asseoir à une table débordante, un monde où plus personne n'est malade ou en prison parce que toutes les maladies ont été guéries, un monde où chaque être humain a le droit d'utiliser tous les dons que Dieu lui a donnés, où personne ne jouit de l'abondance aux dépens des autres,   où tous jouissent du repos du Shabbat dans la présence réelle de Dieu. Shalom signifie que tous les êtres humains vivent ensemble comme des frères, en paix les uns avec les autres et avec Dieu, et dans une relation saine avec le reste de la création. C'est la vision du lion allongé avec l'agneau et du jeune enfant jouant sur un nid de vipères, où le spectre de la mort ne détient plus aucun pouvoir. C'est cette vision que Jésus met en évidence quand il dit : « aujourd'hui cette écriture s'accomplit à vos oreilles ». Dire « shalom », c'est connaître notre propre place et c'est inviter et affirmer la place de tout le reste de la création, qui est une fois de plus un retour au foyer en Dieu.

Vous et moi avons été invités à ce ministère de rétablissement de la paix mondiale qui fait une place et affirme la bienvenue à toutes les créatures de Dieu. Mais plus qu'offrir un accueil, ce ministère invite tout le monde à la fête jusqu'à ce que tous soient remplis de l'abondance de Dieu. Dieu a parlé de ce rêve à nos cœurs : par les prophètes, les patriarches et les mystiques, dans l'humanité de Jésus, et en chacun de nous au baptême. Tous sont les bienvenus, tous sont nourris, tous sont rassasiés, tous sont guéris des blessures et des faiblesses qui font partie d'une création qui n'est pas encore achevée.
Le retour au foyer de Shalom est à la fois la destination et le voyage. Nous ne pouvons pas nous engager dans ce voyage sans une vision de la destination, même si nous ne pouvons l'atteindre de ce côté du tombeau. Nous sommes vraiment chargés de regarder chaque endroit et tous les endroits comme notre propre foyer, et d'y vivre d'une façon qui rende cela vrai pour toutes les créatures de la planète. Aucun de nous ne peut être pleinement au repos au foyer, en profitant du shalom, sans que tous ne puissent faire de même. Shalom est le fruit de vivre ce rêve. Nous vivons à une époque où il existe des possibilités concrètes de rendre ce rêve réalité pour les plus indigents, oubliés et ignorés de nos compagnons de voyage ; pour les naufragés, ceux qui sont en péril ou ceux qui flottent à peine dans l'océan agité de la vie.
Cette Eglise a dit que notre plus grande vision sera encadrée et façonnée par les Objectifs du Millénaire pour le Développement, c'est-à-dire un monde où les affamés sont rassasiés, les malades guéris, les jeunes éduqués, les femmes et les hommes traités de la même manière, et où tout le monde à accès à l'eau potable, un système sanitaire adapté, des soins de santé de base, et la promesse d'un développement qui ne met pas en danger le reste de la création. Cette vision d'une vie abondante est réalisable de nos jours, mais seulement avec l'engagement passionné de tous et de chacun d'entre nous. C'est la vision de Dieu souhaitant le retour à la maison de toute l'humanité.

La capacité pour certains d'entre nous de profiter du shalom dépend du bien-être de notre prochain. Si certains d'entre nous n'ont pas l'opportunité d'avoir la santé ou la plénitude, alors aucun d'entre nous ne peut profiter d'une vraie et parfaite sainteté. L'auteur de la lettre aux Ephésiens nous implore de maintenir l'unité de l'Esprit par les liens de la paix, pour n'être qu'un dans le shalom de Dieu. C'est notre mission et notre espoir baptismal, et, à moins que chaque membre du corps ne se réjouisse du shalom, nous ne pourrons pas vivre dans l'unité. Ce rêve de Dieu, cette parole que Dieu dit à chacun d'entre nous lors du baptême, exprime aussi l'espoir de sa réalisation.

Le bien-être de notre prochain, dans son sens le plus large, c'est la mission que Dieu nous a confiée. Nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous n'arrivons pas à aimer notre prochain en lui permettant d'obtenir une meilleure qualité et sainteté de vie. Si certains dans cette église ont le sentiment d'avoir été blessés par les décisions récentes, alors notre salut ou notre santé en tant que corps est en danger, et cela devient le devoir de chacun d'entre nous de chercher la réconciliation et la guérison. Tant que des enfants vivent abandonnés dans les rues, tant que des personnes âgées se privent de nourriture pour pouvoir acheter les médicaments nécessaires pour se maintenir en vie, tant que des personnes sont contaminées par des déchets toxiques, le corps souffre, et aucun de nous ne peut dire que nous sommes finalement arrivés à notre foyer.

Qu'est-ce qui nous empêche de rechercher inlassablement cette vision de shalom ? Il n'y a probablement que deux raisons, et elles sont liées : l'apathie et la peur. La première est la réticence à reconnaître la peine des autres personnes, la seconde est la réticence à reconnaître cette peine avec assez de courage pour agir. Le remède pour chacune, c'est une espérance profonde et durable. Si Dieu en Jésus a capturé la captivité, s'il a enchaîné la peur, c'est pour que l'espérance soit libérée et qu'elle fleurisse. Augustin a dit qu'en tant que Chrétiens nous sommes prisonniers de l'espérance : une espérance ridiculement confiante, une espérance qui assaille inlassablement les portes du ciel, une espérance qui ne s'arrêtera pas tant que le rêve de Dieu n'aura pas englouti la mort pour toujours, une espérance qui a l'audace de s'unir à Jésus en disant : « aujourd'hui cette écriture s'accomplit à vos oreilles ».

Et comment cette écriture s'accomplira-t-elle à nos oreilles ? Dans la volonté de faire la paix avec celui qui dédaigne ma position théologique, parce que la sienne aussi a de la valeur, comme fruit de la fidélité. Dans le courage de défier nos législateurs à faire de la pauvreté quelque chose du passé, à financer le travail contre le SIDA en Afrique, à distribuer des moustiquaires contre le paludisme, et à construire des écoles primaires où tous les enfants sont les bienvenus. Dans la volonté de regarder notre propre cœur et d'affronter les ombres qui obscurcissent ce rêve que Dieu y a planté.
Cette écriture s'accomplit chaque fois que nous cherchons au-delà de nos intérêts personnels mesquins pour amener quelqu'un d'autre au foyer.

Cette écriture s'accomplit de multiples façons, petites ou grandes, dans des actions individuelles ou nationales, chaque fois que nous recherchons le bien de l'autre, dans lequel notre propre bien-être et notre retour final au foyer sont intimement liés.

Dieu a parlé de ce rêve en nous, réjouissons-nous ! Unissons-nous aux multitudes bruyantes de la création, les créatures de la mer et toutes les caractéristiques géologiques qui bondissent de joie à la vision de la création tout entière renouvelée dans une relation saine, à une création qui est enfin de retour au foyer. Puissent les écritures s'accomplir dans nos oreilles et dans nos actions.

Shalom chaverim, shalom mes amis, shalom.