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Une conversation avec l'Evêque président Katharine Jefferts Schori

3/12/2007
[Episcopal News Service]  Le 28 février l’église de la Trinité (Wall Street) a diffusé en direct sur Internet une émission vidéo qui a débuté avec les remarques préliminaires de l'Evêque président Katharine Jefferts Schori à propos de la récente réunion des Primats en Tanzanie. Après ses commentaires, elle a répondu aux questions des auditeurs présents sur le studio ou par téléphone, ainsi qu’à des questions par courriel.

Voici les remarques préliminaires de Mgr Jefferts Schori:

Bonjour à vous tous. Et c’est un bon jour. Car, comme dit le psalmiste : Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie. Réjouissons-nous et soyons heureux du ministère bon et créatif  qui se vit dans tant de parties de cette église et de par le monde. C’est en effet une immense bénédiction dans un monde brisé et souffrant.

Je suis reconnaissante de cette occasion qui m’est donnée de parler et de discuter avec vous, et je remercie l'église de la Trinité d'avoir rendu cela possible. Je vais faire le point sur ce qui s'est produit lors de la récente réunion des Primats, et offrir une perspective que nous pourrions apporter à la situation actuelle.

Il y avait 14 nouveaux primats à cette récente rencontre en Tanzanie, représentant plus d'un tiers des participants. Plusieurs primats ayant le plus d’ancienneté doivent se retirer dans les deux prochaines années, c'est un rappel que le changement est une constante, y compris dans les structures et la conduite de la Communion anglicane.

La structure même de cette rencontre a représenté un changement, du fait que trois autres évêques de notre église ont été invités à s'exprimer lors de la première session de la rencontre. Ce que les primats ont entendu de ces trois évêques, et de moi-même, était destiné à donner une image plus large des circonstances dans cette église qui sont présentées dans certains milieux comme épouvantables. Les primats ont entendu la douleur et la colère de ceux qui sont en minorité dans cette église, et qui pensent que leur conception de la morale biblique est minée par les développements récents à propos de la sexualité humaine. Les primats ont également entendu que la majeure partie de notre église, et de nos partenaires oecuméniques, ne considère pas que ces questions sont d’une importance centrale pour notre compréhension du salut et de l'Evangile. La majorité de cette église est disposée à vivre avec la situation actuelle en ce qui concerne la sexualité humaine, ou à continuer à aller de l'avant en reconnaissant la pleine et égale dignité des Chrétiens gais et lesbiennes, et la convenance de leur service dans tous les ordres du ministère dans cette église.

Cependant cette position est nettement minoritaire dans la Communion. Les primats eux-mêmes représentent une grande diversité d'opinion. Dans tout ce qui suit, il va être utile de se rappeler que même si un primat peut être le chef de sa province (et tous les autres primats sont des hommes pour le moment), cette province a également une diversité d'opinion. Cette diversité devient de plus en plus évidente en cet âge de l'Internet.

Un certain nombre de primats représentent, particulièrement dans des nations occidentalisées ou développées, des provinces où l'homosexualité est reconnue et discutée. Certaines de ces provinces sont, ou vont bientôt être, confrontées à la question des unions civiles et à l'attitude de l'église envers elles. Ces primats peuvent être d'accord ou pas avec les actions récentes de notre propre église, mais ils comprennent que ces décisions ne sont pas suffisamment importantes pour briser la communion.

Il y a un autre groupe de primats dont les provinces ne discutent généralement pas de ces questions de manière officielle. Ces primats sont de plus en plus frustrés par la quantité d’énergie concentrée sur ces questions. Les questions de pauvreté et de maladie, et les questions soulevées par les Objectifs du millénaire pour le développement, sont bien plus importantes dans leurs ordres du jour. Généralement, eux non plus ne considèrent pas les actions de notre église comme risquant de briser la communion.

Il y a  enfin le groupe des primats qui sont extrêmement tracassés par les actions de notre église qu’ils considèrent comme anti-scripturaires et incroyablement difficiles pour eux, alors qu'ils essaient d'évangéliser dans leurs propres cultures. Ce sont ces primats, ou des évêques de leurs provinces, qui sont venus dans des congrégations et des diocèses ici, pour offrir supervision et ministère épiscopaux, généralement sans être invités par l'Evêque épiscopalien du lieu. Ces primats et ces évêques qui traversent cette église rapportent que leurs actions ont été faites dans l'intérêt du soin pastoral et du bien-être des personnes de nos congrégations. Quoi que vous puissiez penser des actions de ces évêques et primats, il nous incombe, en tant que chrétiens, de supposer qu'ils ont agi en toute bonne foi jusqu’à ce que nous ayons des preuves du contraire.

Ces évêques ont cherché à offrir leur soin pastoral à la minorité, chez nous, qui est fortement en désaccord avec la direction et les décisions des récentes Conventions générales. Ce désaccord remonte parfois à de nombreuses années, depuis l'adoption d'un nouveau Livre de prière et de la décision d’ordonner des femmes à tous les ordres du ministère, et ces désaccords plus anciens semblent dans certains cas être à l'origine des difficultés actuelles.

Ces désaccords, et la manière dont ils s'expriment de plus en plus au niveau mondial, sont responsables de ce que vous avez vu dans le communiqué de la récente rencontre des primats.  Nous sommes encouragés à trouver le moyen de résoudre nos désaccords dans l'Eglise épiscopale, ou au moins à trouver une manière de les gérer, par les actions demandées à notre propre église. Nous avons été invités à clarifier certaines de nos actions à la Convention générale, et nous avons été invités à trouver les moyens de fournir le soin pastoral à notre minorité dissidente.

Les détails de ces demandes produisent en retour de grandes inquiétudes dans notre propre église.  La majorité, représentée par les décisions de la Convention générale, est invitée à faire une pause dans son chemin vers la pleine reconnaissance des unions homosexuelles comme une manière de vivre aussi appropriée et sainte pour les Chrétiens que le mariage ou le célibat le sont depuis longtemps. Nous sommes invités à ne pas consentir à l'élection épiscopale de prêtres gais ou lesbiennes ayant un partenaire, et nous sommes invités à ne pas autoriser les rites publics pour la bénédiction d’unions de même sexe. Les deux questions sont abordées dans le Rapport de Windsor, et toutes deux ont été abordées par des résolutions de la dernière Convention générale. Certains parmi les primats n’ont pas été satisfaits des réponses que nous avons faites l'été dernier, malgré la reconnaissance d'un groupe chargé d'évaluer nos réponses, qui a dit sa conviction que nous avions fait une réponse de bonne foi, jusqu’au degré  où nous pouvions aller.

Il nous a été aussi demandé de mettre en place un dispositif alternatif pour fournir le soin pastoral à notre minorité dissidente. C'est une variante de la proposition qu'un groupe d'évêques et moi-même avions faite l'automne dernier. Il fournirait le soin pastoral aux paroisses ou aux diocèses dissidents par des évêques de notre propre église plutôt que par des évêques d'autres provinces de la Communion Anglicane. Un Conseil pastoral superviserait cette proposition, à la fois dans la perspective de notre propre minorité dissidente et pour s'assurer que les évêques d'outre-mer se retirent des interventions dans notre église. Nous sommes invités à donner notre réponse à ces demandes pour la fin septembre.  

Ce cadre de temps n'est pas le seul que nous avons à affronter. Un plus grand projet est en cours pour créer un Pacte anglican, et la réunion des Primats a reçu l'avant-projet initial d'un possible pacte.  Cet avant-projet sera ouvert à la discussion et à la critique dans les mois à venir. Nous avons l’espoir qu'une version révisée sera disponible pour la conférence de Lambeth de l’été 2008, et une nouvelle révision sera faite après Lambeth, alors le Pacte sera envoyé aux diverses provinces pour étude, en particulier à notre Convention générale de 2009. L'attente d'un cadre plus large, comme le Pacte proposé, dans lequel les Anglicans peuvent débattre de la différence, nous donne une période de temps plus raisonnable pour clarifier comment et où nous voulons nous tenir comme église, et il permettra à la Convention Générale de parler des questions actuelles.

Alors que la polémique actuelle a beaucoup avoir avec des conceptions divergentes de l'autorité des écritures, il y a également un élément qui a à voir avec une conception variable de qui peut exercer l'autorité. Notre mode de fonctionnement et notre liturgie en tant qu’église insistent sur le fait que les voix de tous les baptisés sont essentielles, et que toutes ont une dignité égale dans les délibérations de cette église. Les actions récentes de notre Convention Générale ont affirmé que le genre et l'orientation sexuelle sont sans importance pour l'exercice du ministère ordonné, et c’est un défi pour certains dans cette Communion. Les actions des primats lors de leurs deux dernières réunions, et les actions de certains de ces primats dans notre province, sont également un défi au mode de fonctionnement de la Communion Anglicane, en particulier celui de savoir si les primats ou le Conseil consultatif anglican ont le droit et la responsabilité d'exercer le type d'autorité reflété dans le dernier communiqué. Les demandes des deux communiqués les plus récents des réunions des primats résultent de la conception que les évêques en général, et les primats en particulier, exercent un ministère pour surveiller et administrer l'enseignement de notre foi. La polémique actuelle est comprise par beaucoup comme représentant un défi à l'enseignement généralement admis de la Communion, en particulier tel qu’il est reflété dans Lambeth 1.10.

Le plus grand défi dans tout ceci, c’est l'incapacité pour beaucoup de vivre avec la tension que ces changements représentent. L'anglicanisme a traditionnellement été à l'aise avec, ou au moins a essayer d'accepter, une diversité significative d'opinions théologiques et de pratiques. Actuellement la structure que nous appelons la Communion anglicane est apparemment incapable, ou peu disposé, à vivre avec ce type de diversité. Des parties de notre propre église sont dans la même situation. Certains pensent que notre situation actuelle est enracinée dans des valeurs qui s’opposent - que ce soit une justice qui cherche la pleine inclusion de tous, en particulier l’inclusion des minorités sexuelles, ou un appel à une conception traditionnelle de l'éthique sexuelle. Pourtant, il y a des aspects de la situation actuelle qui ont désespérément besoin d’une plus grande compréhension de tous les partis, qui nous appellent à les voir non pas comme des valeurs qui s'opposent mais comme des valeurs chrétiennes complémentaires. L'éthique de justice et d'inclusion nous invite apparemment à inclure aussi le dissident. La conception traditionnelle de l'éthique sexuelle a beaucoup à dire au sujet de la fidélité et de la monogamie et relativement peu à propos du genre ou du statut reproducteur des partenaires.

Nous sommes poussés à prendre une décision par des forces impatientes qui ont soif de clarté, dans et hors de cette église. Cette soif de clarté à tout prix est une réponse impatiente au malaise face au changement qui caractérise toute vie. Le dernier dimanche avant le Carême, nous avons entendu le récit de la transfiguration de Jésus. Jésus monte sur la montagne avec quelques disciples, et ils le voient révélé dans toute sa gloire. Les disciples essayent de fixer cette expérience en construisant des structures, des structures qui leur permettront de demeurer où ils sont. Alors un nuage vient sur eux, et ils entendent la voix de Dieu disant :  c'est mon bien-aimé, écoutez-le. Ils ne restent pas dans leurs petites structures, et ils ne restent pas dans le nuage. Parce que Jésus les pousse à reprendre la route, pour le suivre là où il les mène.

En tant qu’église, et en tant que Communion, nous avons des difficultés à propos de la direction de ce voyage. L'impatience que nous éprouvons maintenant est une idole, un faux espoir qui est peu enclin à attendre de Dieu la clarté, une idole qui n'espère pas et qui ne pense pas que l'Esprit nous guidera vers toute la vérité. La réponse biblique à cette sorte d’inquiétude est toujours le message de l'ange qui dit : Ne crains pas. N’aie pas peur, car Dieu est avec toi. Dieu est avec nous, et il continuera d’être avec nous, quoi que cette église décide. Dieu continuera d’être Dieu, et Dieu continuera d’être célébré dans nos églises, et Dieu continuera d’être servi par notre mission et notre ministère, dans cette église et à l’extérieur.

Beaucoup de choses ont été dites à propos du processus d'écoute vivement recommandé par les trois dernières conférences de Lambeth. Il y a quelques bonnes nouvelles de ce côté. Les conversations et l'écoute ont commencé dans de nombreux endroits à travers la Communion, et même dans certains lieux où les primats sont le plus allergiques à ces questions. Il y a dix ans, bon nombre d'entre eux pouvaient dire avec impunité qu'il n'y avait aucune personne gaie ou lesbienne dans leurs diocèses ou provinces. Ce n’est plus possible. Je voudrais nous encourager, en tant qu’église, à considérer comment nous-mêmes pourrions écouter plus soigneusement ceux avec qui nous sommes le plus fortement en désaccord. Pouvons-nous, d'une manière plus précise, faire attention à la peine et à la douleur, et à l'amour de Dieu et du prochain, de ceux qui se situent sur d’autres lieux du spectre théologique et rhétorique ? Si nous n’obtenions rien d’autre durant les mois à venir, ce serait déjà un beau cadeau.

J'ai déjà eu une conversation avec le Président de la Chambre des députés à propos des moyens avec lesquels nous pouvons appeler toute l'église à ce genre d'écoute fidèle qui sera nécessaire avant que nous ne prenions une décision. J’attends des initiatives à venir du Conseil exécutif et de la Chambre des évêques qui nous inviteront à une discussion plus profonde des possibilités que ce défi représente. Vous aurez plus d'informations de votre évêque et de vos députés à la Convention générale dans les semaines à venir, et j'espère que vous participerez quand l'occasion se présentera.

Si nous pouvions réduire la réactivité émotionnelle au milieu de cette polémique actuelle, nous pourrions être capables de trouver une manière de vivre ensemble C'était le génie du Compromis élisabéthain. Une réponse non-violente à cette situation demandera de l'espace et du temps pour fonctionner, et peut-être une réponse inattendue ou même pleine d'humour. Alors que ces questions sont d'une importance majeure, c'est notre violence même à leur  sujet qui empêche une résolution vivifiante.

Comme nous poursuivons notre voyage par cette expérience du Carême, je vous encourage à réfléchir sur la propre expérience de Jésus au jardin de Gethsémani. Il demande aux disciples de veiller et d'attendre avec lui pendant qu'il s’approche de son heure de jugement. Nous sommes nous aussi invités à veiller et  à attendre en cette heure. Le jugement viendra au temps de Dieu, pas au nôtre. En attendant, nous pouvons rester éveillés et conscients, et nous pouvons prier. Notre tâche n'est pas de courir cette épreuve, mais de continuer à effectuer le travail de Dieu et d’écouter la petite voix qui dit : Ne crains pas. Tu es mon bien-aimé.

En conclusion, alors que le carême continue, je vous demande de continuer à jeûner pour les autres, à chercher le Christ dans l'étranger, et à demander à Dieu de calmer vos craintes. Puissions-nous continuer à travailler et à prier pour ceux qui meurent quotidiennement de la faim, du manque de soin médical, de la guerre, et de l'oppression. Priez particulièrement pour ceux qui souffrent en raison de leur statut de minorité, qu’il soit sexuel ou théologique, parce qu’en Christ nous sommes tous une minorité. Et, en conclusion, rendons grâce à Dieu qui nous a créés dans toute notre diversité. Aussi frustrante et gênante que la variété puisse être, c'est l'image de Dieu.